Hypnose et Dissociation

Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu le temps d’écrire un article sur le site. Je profite donc du fait qu’un client soit malade pour prendre ce temps.

Cet article va donc parler de certains mythes sur la dissociation. Je ne parlerai pas de toutes les formes de dissociations.

Précisions : 

Suite à un commentaire très juste de Philippe AÏM, je précise qu’effectivement l’article ne parle pas du tout de la dissociation au sens d’une « rupture de l’unité psychique » ou dissociation hypnotique car dans les deux cas elle est présente, mais de la position associée et de la position dissociée que je décris plus bas. Quand j’emploierai le terme dissociation, ce sera donc pour parler de position de perception dissociée. Effectivement le titre pouvait prêter à confusion, car la dissociation en Hypnose est plus souvent relié à la « rupture de l’unité psychique »

Dissociation ?

Si je repense à un souvenir en le voyant à travers mes yeux de l’époque, et en le revivant comme si j’y étais à nouveau, je suis en position associé par rapport à ce souvenir. Si lorsque j’y pense, je le vois comme s’il avait été filmé depuis un angle de vue différent, je suis dissocié du souvenir. La position dissociée ou « méta » dissocie de la situation genre « je ne fais plus partie de ça ».

Elle peut :
– amèner un joli recul permettant de réinterpréter une situation et la voir de manière plus productive
ou 
– être jugeante et critique en rejetant et renforcer le problème en clivant encore plus la personne.

En Hypnose, il est évidemment préférable pour le client d’avoir une position bienveillante par rapport à lui même pour avancer.

Pour sortir de l’émotion? Ah bon ?

On entend ou lit parfois qu’en Hypnose la dissociation permet de sortir de l’émotion. Je ne crois pas vraiment à cela. De mon point de vue, cela permet surtout de changer de niveau émotionnel et parfois de connecter à une émotion encore plus forte.

Je prends un exemple, mais il y en a autant que de clients. J’ai eu un client de 30 ans venu pour un problème d’estime de soi. Une fois en Hypnose, il a connecté à un souvenir d’enfance où il était roué de coup. Il y a connecté en position associé et tremblait en se disant « je vais mourir » et en ressentant une peur énorme. Lors du passage en dissocié, il se disait « J’aurai dû me défendre, hurler, crier, je suis vraiment nul. De toute façon, il ne m’aimait pas ce salopard, pourquoi j’ai été si con » et il ressentait un mélange de profonde tristesse et de colère vis-à-vis de lui.

Niveaux de Jugements et d’Emotions

On voit bien, ici, qu’il y a :

  • En associé, un jugement que j’appellerai jugement de niveau 1: « je vais mourir » qui crée une émotion de niveau 1: la peur
  • En dissocié, un jugement que j’appellerai jugement de niveau 2: « j’aurai dû me défendre, hurler, crier, je suis vraiment nul, de toute façon, il ne m’aimait pas ce salopard, pourquoi j’ai été si con » qui crée des émotions de niveau 2: tristesse et colère.

Evidemment, si je dissocie à nouveau comme la double dissociation en PNL, je peux passer à un autre niveau de jugements et d’émotions: niveau 3. Ici, cela donnait « je suis un peu dur avec moi-même, car je n’avais quand même pas sa carrure » et rire

Et on pourrait continuer ainsi. La dissociation ne coupe pas l’émotion ni le jugement, elle permet juste de monter les niveaux.

En l’occurrence, la première dissociation faisant passer au niveau 2 à juste permis d’accéder au vrai problème et à l’émotion la plus forte et la plus dévastatrice qui maintenait le jugement « je suis nul, je suis con, je ne peux rien faire de ma vie ».

Un fractal

La dissociation se retrouve à plein de niveau et son mode de fonctionnement est le même. C’est un peu comme un fractal. Cela peut être interne à une personne ou interne à une groupe.

Par exemple, lorsqu’un politicien dit « je trouve inadmissible de nos jours que les hommes politiques puisse encore nier l’évidence sur … « , il s’estime, pendant ce moment-là, au-dessus des hommes politiques et en droit de les juger et en même temps, il se dissocie du groupe. Il envoie donc indirectement le message « regardez, moi je ne fais pas ça, je suis au-dessus de ça, je la vois cette évidence ». C’est une bonne manière de rallier à son parti mais lorsqu’il y a critique, c’est souvent peu productif, car les autres hommes politiques vont alors se sentir jugés et vont soit commencer à ruer dans les brancards ou alors le suivre, mais dans tous les cas, le dialogue est rompu avec une partie des hommes politiques. Là aussi, le politicien gagnerait à se mettre dans une posture constructive pour profiter de sa position de recul.

C’est exactement ce qui se passe dans une personne lorsqu’elle se juge, elle se scinde. Si je reprends l’exemple de mon client. Son jugement « je suis nul, je suis con, j’aurai dû … » faisait qu’il se rejetait et ne pouvait vraiment s’estimer. Et comme disait un de mes collègues « A se battre contre soi-même, difficile de gagner ».

Conclusion

La  dissociation n’a d’intérêt que si la prise de recul qu’elle engendre est associée à une posture constructive. Sinon, elle peut faire partie du problème justement et il sera alors nécessaire, si l’on veut utiliser cette méthode d’activation du levier de réinterprétation, d’opérer une autre dissociation

Il est, je pense, très important de sortir de cette idée que la dissociation coupe de l’émotion. Elle permet juste d’accéder à un niveau émotionnel différent. Une émotion est stoppée mais une autre plus importante peut prendre le relais.

D’ailleurs, les méthodes comme le Faster EFT, par exemple, utilise très bien les niveaux 1 et 2 pour être sûr de nettoyer émotionnellement les souvenirs. Et il suffit de regarder des vidéos de ces pratiques pour voir que la dissociation amène parfois à une émotion beaucoup plus forte mais différente.

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