Je suis praticien et formateur en Hypnose et, parfois, en tant qu’enseignant, il m’est arrivé de faire une erreur. Et cette erreur, j’avais envie d’en parler ici car je suis loin d’être le seul. Nous verrons qu’elle se déclenche parfois en accompagnement en Hypnose.

Cette erreur est de stimuler l’incompétence apprise chez l’apprenant. C’est gênant pour un adulte en train d’apprendre et ça l’est encore plus pour un enfant en pleine construction.

Je pense qu’une petite vidéo parlera bien plus qu’un long texte pour en parler. Vous allez voir, l’expérience est édifiante.

L'EXPERIENCE EN VIDEO

DANS L'ENFANCE

Imaginez maintenant un enfant en train d’apprendre l’addition. Lors de la première addition 1+3, l’enfant utilise ces doigts et l’enseignant lui dit:

« Mais non, quand on est grand on n’a pas besoin de ses doigts. Allez, recommence sans les doigts, tu es assez malin pour ça! »

L’enfant vient de rater « le premier anagramme ». Il est non compétent. Un petit stress surmontable monte en face de l’enseignant. L’enseignant, lui, est persuadé d’avoir été encourageant. Ce qui est en partie vrai. A l’intérieur, l’enfant peut se dire « Quoi, ça veut dire que je ne suis pas assez grand ?« . Un peu impacté par ce stress, l’enfant tente une réponse : « 3 ».

L’enseignant lui dit « Mais enfin ! si je te donne 1 bonbon et que tu en as déjà 3, ça ne peut pas faire encore 3, non ?« . Nouvelle stimulation de l’incompétence apprise. L’enfant n’a pas réussi et, en plus, un lien avait été fait entre malin et réussir.

L’enfant trouvera évidemment un moyen de sortir de cela comme, par exemple, les pleurs ou autre chose. Il n’empêche qu’il y a alors un sentiment de non compétence. Après, l’enfant peut même être mis dans une case et étiqueté « hyper-sensible » ou « perfectionniste ». Et ceci sera encore pire car l’enseignant risque de ne plus voir l’enfant qu’à travers ce filtre biaisé.

Evidemment, cette erreur, on l’a fait tous et ce n’est pas gênant en soi d’y être confronté parfois. Mais la répétition peut réellement devenir néfaste. Cela peut créer un stress de performance ou un manque de confiance en soi.

Pourtant l’enseignant peut, au tout début, changer sa manière d’aborder les choses.

« Oui, bravo, utilise tes doigts pour commencer, c’est une bonne idée, plus tard tu verras que tu n’en auras plus besoin, mais c’est très malin »

Au lieu de libérer du cortisol (hormone du stress), l’enfant est alors libre et même développe un sentiment de compétence: »J’ai eu une bonne idée ». Il a plus de chance de répondre correctement. Il construit sur la compétence au lieu de briser les fondations.

EN ENTRETIEN PRE-HYPNOSE

Voici un petit exemple d’entretien préalable :

  • Praticien: Quand vous dites « je ressens de l’angoisse », à quel moment la ressentez-vous ?
  • Client: Tout le temps
  • Praticien: Il y a bien des moments où vous devez ne pas la ressentir.
  • Client: Vous savez quand j’étais petit …
  • Praticien: Ce n’est pas la question que je vous pose. A quel moment précisément ressentez-vous cette angoisse ?
  • Client: Ben … euh … par exemple, le matin
  • Praticien: Oui mais à quel moment précisément ?
  • Client: Euh … je ne comprends pas votre question.
  • Praticien: A quel moment précisément dans le matin, ressentez-vous l’angoisse dont vous me parlez ?
  • Client: Je ne sais pas. (Le fameux !!)

Evidemment, c’est caricatural et on sent bien que le praticien est dans une attente un peu rigide. Il attend trop de son client, trop vite. Cela peut arriver à n’importe quel praticien. Par exemple, j’ai déjà vu des vidéos de R. BANDLER assez pressant. A la différence près que le non verbal est humoristique donc ça change beaucoup de choses tout de même.

Lors de la première réponse du client « Il y a bien des moments où vous devez ne pas la ressentir »,  le praticien lui dit d’une certaine manière « je ne suis pas satisfait de ta réponse »

Ensuite, le praticien coupe le client avec « Ce n’est pas la question que je vous pose ». En fait, d’une certaine manière, il a raison car le client ne répond pas à sa question et c’est très important de le remarquer. Néanmoins, si je reprends le « Rejoindre, Accompagner, Conduire » si bien formulé par Philippe MIRAS (Dentiste formé à l’Hypnose et Responsable du Groupe Hypnose), le client n’a pas été rejoint. Il se prend une porte en pleine figure. Le sentiment de non compétence grandit. Et le rapport va probablement se détériorer. L’avantage est que le client peut aussi claquer la porte du praticien, là ou un enfant ne pourrait pas le faire à l’école.

La troisième réponse commence par « Oui mais ». ce qui équivaut à un accord puis rejet immédiat de l’argumentaire précédent. C’est une bonne façon de stimuler l’incompétence apprise.

Changeons légèrement l’entretien afin de stimuler la compétence.

  • Praticien: Quand vous dites « je ressens de l’angoisse », à quel moment la ressentez-vous ?
  • Client: Tout le temps
  • Praticien: Oh j’imagine, oui, que vous n’êtes pas venu là pour rien.
  • Client: Oui, c’est très prenant
  • Praticien: Prenant, je comprends. Tiens par exemple, vous la ressentez en ce moment ?
  • Client: Non pas là, enfin un peu angoissé par l’Hypnose. Sinon pas de raison de me sentir angoissé.
  • Praticien: Normal, vous ne connaissez pas encore l’Hypnose. Oui, donc ici pas de raison.
  • Client: Non ici ça va.
  • Praticien: Quelles sont les raisons qui peuvent vous angoisser jusqu’à maintenant ?
  • Client: Ah ben, la foule, ou …

En acceptant les réponses du client, le praticien stimule le sentiment de compétence. Le client sait répondre. Il s’engagera plus facilement dans le processus Hypnotique. Le praticien garde son cap mentalement et laisse, temporairement, le client dévier de ses questions pour y revenir. D’ailleurs, lorsque le client amène le mot « raison », il permet au praticien de savoir comment reformuler sa question pour qu’elle soit plus simple. Ce n’est plus « le moment » mais « la raison » qui est importante.

Le première réponse du praticien « Oh j’imagine, oui, que vous n’êtes pas venu là pour rien » est une acceptation de la réponse et du problème. Le fameux Rejoindre. Ceci stimule un sentiment de compétence dans la réponse et également un sentiment d’être compris.

La deuxième réponse « Prenant, je comprends. Tiens par exemple, vous la ressentez en ce moment ? » commence par une répétition donc une acceptation. Le praticien ramène alors le client sur le moment présent pour faciliter la prochaine réponse et ainsi stimuler la compétence. Le client répond alors correctement et dévie vers sa peur de l’Hypnose. Il apporte aussi l’information importante « la raison »

Le praticien normalise la peur avec : « Normal, vous ne connaissez pas encore l’Hypnose. Oui, donc ici pas de raison ». Ceci permet aide alors à la réduire. Bien plus intéressant que les réponses flippantes du style:

  • « vous n’avez pas à avoir peur, l’hypnose est très agréable »
  • « vous pouvez être tranquille, l’hypnose est très agréable »

Ces réponses serait ce que j’appelle le mode « commercial ». Euh pourquoi je te croirais, toi ? Le praticien répète ensuite le mot raison. C’est d’ailleurs souvent en répétant que le praticien va détecter les leviers.

EN INDUCTION HYPNOTIQUE

Petit début d’induction:

  • Praticien: Levez votre main et regardez-la et choisissez un point
  • Client: (Levant sa main en hésitant) Je n’ai pas compris. Je dois choisir un point sur ma main ?
  • Praticien: Oui sur votre main
  • Client: D’accord. (Regardant à nouveau le praticien comme pour savoir la suite)
  • Praticien: Non mais continuez à le regarder
  • Client: Ah d’accord, désolé.
  • Praticien: Et pendant que vous le regardez attentivement, vous pouvez voir à gauche … 
  • Client: (Le client tourne la tête et le regard à gauche)
  • Praticien: Continuez à fixer le point.

En étant aussi peu claire, le praticien crée un sentiment d’incompétence chez son client. Modification de l’accompagnement :

  • Praticien: Levez votre main droite ainsi devant votre visage (en mimant le geste) 
  • Client: (Fait le geste) 
  • Praticien: Parfait et regardez votre main et fixez votre bague. 
  • Client: (fixant son regard sur la bague) 
  • Praticien: Bon, et pendant que vous laissez votre regard fixé sur votre bague, votre attention peut voir ma main bouger à gauche (en bougeant la main) et vos paupières clignent et … 
  • Client: (acquiesçant avec des petits hochements de tête)

Ici, le client réussit tout et il est même félicité. Je parie que l’un va galérer pour découvrir l’état d’Hypnose et l’autre va faire cela hyper simplement. Il arrive même que (comme l’enseignant) le praticien de la première induction catalogue son client comme étant « résistant ». Alors que la résistance est juste induite par l’incompétence apprise.

Cela peut aussi arriver quand on ne crée pas de progressivité dans un accompagnement. Si je demande à mon client de laisser sa vision devenir floue lors du deuxième accompagnement, ce sera normalement ultra simple pour le client de créer cela en s’appuyant sur le sentiment de réussite créé. Il serait moins progressif de lui demander de voir à travers sa main tout de suite par exemple.

Après, les accompagnements Gloubiboulga peuvent aussi créer un sentiment d’incompétence et un fort dialogue intérieur. Comme par exemple :

« Et pendant que vous pouvez sentir l’ensemble des sensations qui se modifient à l’intérieur pendant que vous entendez ma voix, pour remarquer à quel moment la sensation devient suffisamment forte dans une main pour laisser la main se lever et je ne sais pas quelle main va se lever en premier avant que ces sensations s’amplifient pas moins vite que vous n’entrez pas en transe plus loin que c’est nécessaire » 

Le client risque d’avoir tellement de questions dans sa tête que l’accompagnement risque de passer complètement à côté. Dès le départ, il n’y a déjà pas de focalisation. Exemple de ce qui peut se passer dans la tête du client: « Quelle sensation ? A l’intérieur, c’est à dire ? où ? Je ne comprends rien. L’Hypnose ne doit pas être fait pour moi. Ça ne marche pas? Attends, il faut que je lève ma main ? Et quelle sensation doit s’amplifier ? Je ne sens rien. Est-ce normal? Je ne dois pas rentrer en Hypnose ? Pourquoi pas plus loin, je crains quelque-chose ? Pfff, je n’y arrive pas et je ne comprends pas »

Il y a des chances pour que le client

  • vous dise assez rapidement « Euh, je crois que je n’y arrive pas, je ne comprends pas bien »
  • ou qu’il lève la main en hésitant
  • ou qu’il lâche l’affaire. Vous vous retrouvez alors avec un client seul avec lui-même en train de penser à la baguette de pain qu’il doit acheter en rentrant.

CONCLUSION

Aussi bien dans l’enseignement de l’Hypnose (et même en général) que dans les accompagnements en séances individuelles, le client a besoin de se sentir compétent. Et cela aide à bâtir des accompagnements solides car ce sentiment de compétence devient alors une fondation pour le reste.

Ainsi, on gagne a créer une progressivité faite de plusieurs réussites pour ensuite augmenter les enjeux. Le sentiment de compréhension et de compétence est un atout majeur pour apprendre. Alors que l’incompétence apprise est un frein majeur à l’apprentissage.

Il est normal de faire parfois l’erreur de stimuler l’incompétence. Pour corriger cela, mettre un léger focus sur:

  • les félicitations,
  • la clarté des instructions,
  • leur simplicité,
  • la précision (pour réduire le questionnement et donc le dialogue interne)
  • et la progressivité.

permet de la réduire vraiment très fortement.

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